Avant la présentation d’AGG, intervention de Fatiha Legzouli d’Initiatives Plurielles, de Sandrine Danno d’Autonomie et Solidarité et de Julien Fortin de la Caisse Solidaire.

 

 

montage-compte-rendu-64-de-lille

 

 

Ann Gisèle Glass, créatrice de la boutique AGG et cofondatrice du 64 de Lille, ouvre au public les portes de ce concept store axé sur le commerce équitable, le développement durable et les produits bio. Accompagnée de Valérie Sergetier, vice présidente d’Artisans Du Monde Lille, elle présente son parcours et échange avec les personnes présentes sur les différentes facettes de son métier d’entrepreneur. Près de 30  femmes assistent à la visite.

 

Un tournant radical dans la carrière professionnelle

J’ai eu une première partie de vie qui n’avait rien à voir avec ce que je fais aujourd’hui puisque j’étais comédienne. J’ai tourné dans une centaine de films français et étrangers. C’est comme ça que j’ai gagné ma vie pendant 35 ans. J’ai commencé très jeune. Et à 40 ans je me posais beaucoup de questions, le métier avait beaucoup changé, nous étions devenus des gens qui vendaient du coca plutôt que des gens avec de vrais projets artistiques. Ca m’a fatigué, j’ai décidé de faire autre chose.

 

Un intérêt précoce pour le commerce équitable

Je suis de parents étrangers, je suis devenue française. J’ai passé les 10 premières années de ma vie en Afrique de l’Ouest. Mon père est médecin et il a été engagé par le gouvernement français pour enrayer une épidémie de choléra. J’ai eu un parcours de vie très particulier, j’ai vécu dans des endroits incroyables, j’ai vécu des expériences extraordinaires. C’est pour ça que je me suis tournée vers le commerce équitable, c’est ce que j’avais envie de faire. En 2005, il y avait Artisans du Monde qui faisait déjà du commerce équitable depuis longtemps partout en France et il y avait toute une mouvance de jeunes entrepreneurs qui commençaient à fabriquer des filières de commerce équitable avec des objets différents.

 

Un virage vers la création d’entreprise

Vers 40 ans, j’ai décidé de changer de métier, de mettre tout l’argent que j’avais gagné dans ma vie – et j’en avais gagné beaucoup – au service de cette idée là. J’ai crée un magasin qui s’appelle AGG qui a ouvert ses portes tout début 2006 rue Saint Sébastien dans le Vieux Lille. C’était un magasin très grand qui faisait 300m2 et qui avait la spécificité d’être conçu comme une maison : vous rentriez par le salon, ensuite il y avait la cuisine, la chambre, la salle de bain… Mon idée, c’était de montrer que dans toutes les pièces de la maison, on pouvait être uniquement en commerce équitable. Pour sa conception, j’ai travaillé avec les gens de mon métier – les décorateurs de cinéma – et nous avons crée un magasin complètement atypique.

 

Se préparer à devenir entrepreneur

Lorsque j’ai décidé de créer cette première entreprise, je ne venais pas du tout du métier, j’étais une femme, j’avais 3 enfants, j’étais comédienne, en gros tout ce que n’aime pas un banquier ! Pour créer AGG j’ai donc pris des cours à la BGE. J’ai appris le B.a.-ba du métier d’entrepreneur et parallèlement à ça j’ai également pris des cours à la CCI. C’était deux manières différentes d’approcher le métier d’entrepreneur. A la CCI on est plus dans les grosses entreprises et à la BGE j’étais plus axée sur l’Economie Sociale et Solidaire (ESS). Ca m’a pris deux mois de cours. Pour apprendre, j’ai bénéficié d’aides de l’état. Merci l’Etat Français !

 

Le contenu du projet AGG

Dans mon projet AGG, j’avais conçu mon magasin pour les particuliers et aussi pour les professionnels. Ces derniers pouvaient venir, acheter à des prix différents et revendre ensuite. Ils travaillaient avec des boutiques en Belgique, en Suisse et en France. Une partie du projet était aussi consacrée à l’explication de ce qu’était le commerce équitable auprès de toutes les institutions régionales, les mairies, etc. Nous avions donc 3 activités. Lorsque j’ai commencé, nous étions deux et à la fin, nous étions sept. Dès le démarrage d’AGG j’avais l’idée de créer une plate-forme avec l’ensemble des gens du NPDC qui faisaient du commerce équitable. C’était trop tôt. Ca n’a pas intéressé les autres entreprises donc j’ai continué mon chemin toute seule.

 

Trouver les interlocuteurs adéquats pour financer le projet

J’ai été financée par les Cigales, par Autonomie & Solidarité, par la caisse solidaire. Il ne s’agissait que de structures de l’ESS. C’était important pour moi parce que ça correspondait à mon projet. Je n’ai fait appel aux banques traditionnelles que plus tard. Il y avait aussi la NEF dans mon premier projet. Et j’ai également demandé des prêts par le biais de la CCI à des structures d’aide qui sont spécifiques au NPDC et qui ne sont absolument pas dans l’ESS. Je reste le projet atypique, un peu à part, dans tous ceux qu’ils ont financés. Le fait d’avoir été à la CCI m’a ouvert des portes auxquelles je n’avais pas pensé. Ca m’a crée des réseaux que je n’aurais pas pu avoir autrement.

 

La création du 64

En 2007 j’ai eu un accident très grave. J’ai passé un an à l’hôpital. Ce sont mes salariés qui ont fait vivre l’entreprise à ma place. Je les remercie encore aujourd’hui. Quand je suis revenue certaines choses s’étaient très bien passées, d’autres moins bien. Il a fallu changer mon fusil d’épaule. C’est à ce moment là que j’ai voulu reprendre mon projet de départ qui était de créer un grand magasin où il y aurait tous les acteurs du NPDC concernés par le commerce équitable et bio. Parallèlement à cela Ignace Motte et Maïté Bigot qui travaillaient pour Artisans Du Monde m’ont approchée en me proposant qu’on mette en commun nos compétences. C’est ainsi que nous avons crée le 64 sous forme de SIC (Société coopérative d’intérêt collectif) le 1er décembre 2011. Le 64 a été crée par Artisans Du Monde Lille, AGG et une autre structure, la souris verte, qui n’existe plus à l’heure actuelle.

 

Un partenariat entre AGG et Artisans du Monde

Je m’appelle Valérie Sergetier, je suis vice présidente des Artisans Du Monde Lille. A ce titre, j’ai rejoins Ann Gisèle dans la gestion de la coopérative depuis environ 1,5 ans. J’ai un parcours beaucoup plus classique par rapport à l’entreprise. J’ai fait un Master of Business Administration aux USA et après j’ai travaillé dans des grandes entreprises. Par exemple, j’ai été chef de produit chez Leroy Merlin pendant plus de 11 ans. En termes de connaissances, d’apprentissage commercial, je maitrisais les bases. Dès fois, ça peut aider mais d’autres fois non parce que la formation déforme et l’intuition informe !

 

La création en Société coopérative d’Intérêt Collectif (SIC)

Valérie Sergetier - C’est une entreprise qui a pour mission de faire une activité qui présente un caractère d’utilité sociale et qui le fait de manière collective, ce qui correspond tout à fait au 64. Quel est l’intérêt de monter une SIC ? Il y a plusieurs avantages : Le multipartenariat (on peut avoir à l’intérieur du capital des associations, des particuliers, des banquiers, des acteurs de l’ESS, des collectivités), le fait qu’une personne égale une voix, le fait qu’on puisse être dirigeant en gardant un statut de salarié ce qui est rassurant. L’inconvénient principal c’est qu’il faut beaucoup d’ingénierie pour  monter une SIC, il faut définir les statuts ce qui est très compliqué. Après, dans la vie de l’entreprise, ça demande des points de rencontre fréquents. On doit rendre des comptes à un comité de surveillance tous les trois mois et à une Assemblée Générale. L’aspect positif du collectif c’est la mutualisation des compétences et l’aspect négatif c’est que la prise de décision peut être plus lente que dans une entreprise classique.

 

Une SIC pour optimiser les potentialités et rompre la solitude

Je trouve que c’est intéressant de mutualiser les compétences. Le premier magasin que j’ai crée, c’était une SARL et j’étais seule. C’était à moi de gérer, il n’y avait jamais personne à qui je pouvais poser une question. A l’intérieur de ce système coopératif, on est à plusieurs. C’est moi qui mène le bateau mais je propose et on discute, on pense, on réfléchit ensemble. Ca va moins vite que si j’étais seule mais l’avis des autres est vraiment important, enrichissant et me permet d’aller plus loin.

 

Croire en son projet et savoir le valoriser auprès des partenaires

Valérie Sergetier - Le 64 a été crée avec le financement de banquiers et de non-banquiers. Nous avons également eu de l’argent de coopérateurs c'est-à-dire de particuliers, d’associations qui nous ont aidés. Quand on recherche un financement, on se rend compte que c’est important d’avoir un plan de financement qui tient la route, mais ça ne suffit pas. Ce qui est essentiel, c’est la relation humaine du porteur de projet vis-à-vis du banquier. J’ai assisté à des entretiens où Ann-Gisèle présentait le projet et il est certain que si nous avons obtenu autant à la création du 64 c’est parce qu’elle était dynamique, elle était convaincue et elle portait son projet par le haut, avec une vision haute des affaires. Il faut prendre du recul, se positionner.

 

La première installation du 64 dans un local éphémère

Le 64 est né en novembre 2011 et s’est installé dans un local éphémère. A l’époque le lieu s’appelait la ferme du Sart, maintenant il s’agit de O’tera du Sart. Notre ambition de départ était de nous installer à Lille mais c’était impossible car trop cher. Nous avons donc cherché ailleurs et nous avons trouvé cet endroit qui était l’ancien local de Kbane. Nous trouvions que ça nous correspondait bien puisque l’idée de Kbane était de faire du bricolage différemment avec d’autres matériaux. Et nous étions aussi attirés par le fait que la ferme du Sart brassait une très large population.

 

Le chiffre d’affaire du 64 en trois pôles distincts

Le chiffre d’affaire du 64 est généré par trois pôles. Le premier pôle ce sont les fondateurs : Artisans du Monde, AGG et autrefois une souris verte. Ils  versent un pourcentage de leur chiffre d’affaire au 64. Le deuxième pôle vient des caissons que nous avons ici. Et en fait, ces caissons, nous les proposons à des partenaires. Ce sont des entreprises ou des associations du NPDC qui sont spécialisées dans le commerce équitable, le bio et/ou le développement durable. Nous leur proposons de vendre leurs produits, de faire leur communication, de tout gérer. Ils ont juste à mettre leur stock en échange de quoi nous leur demandons une quote-part. Le troisième pôle c’est la restauration. Il y a un salarié dédié à la table du 64. Tout est fait sur place, les produits sont achetés par le 64 et l’intégralité du chiffre d’affaire de la table du 64 revient au 64.

 

Le 64, bien plus qu’un magasin : un concept store

Valérie Sergetier – Le 64, c’est un concept store, c'est-à-dire qu’on peut très bien imaginer passer une journée dans le 64. A faire quoi ? A se promener dans les rayons, à acheter les produits de développement durable, ça c’est le côté magasin. On peut se restaurer sur place. On peur échanger des livres via le biblio troc, on peut participer à des ateliers divers et variés, on est jeune maman, on a des ateliers portage, on a envie d’écrire, on a des ateliers d’écriture. C’est un lieu de vie. Ce n’est pas le magasin où vous rentrez, vous achetez, vous payez. Ce n’est pas ça du tout. Y compris dans l’accueil que l’on fait à nos clients, il nous parait fondamental d’avoir un accueil qui soit personnalisé et moins commerçant. Beaucoup de gens sont étonnés par un simple « bonjour » et « bienvenu ».

 

Un projet qui s’adapte avec l’expérience du quotidien

Suite au décès d’un collaborateur, le restaurant n’a pas pu ouvrir tout de suite. Il s’agit quand même d’un des piliers de notre chiffre d’affaire donc ça nous a vraiment manqué. En plus de ce que je faisais déjà, c’est moi qui ai pris en charge la partie restauration. La surcharge de travail a fait que j’ai craqué. Je suis tombée malade. J’ai été absente pendant un peu plus d’un an. La partie restauration qui venait de commencer s’est tout de suite arrêtée. Les deux premières années ont été plutôt compliquées. J’avais demandé à quelqu’un de me remplacer. Cette personne a remis à plat un certain nombre de choses. Du coup, entre la formule de départ et celle que vous voyez aujourd’hui, il y a eu plein de réajustements. Il y a des gens qui sont partis, d’autres qui sont venus. Ca a beaucoup évolué.

 

Concilier son projet de création d’entreprise avec son entourage familial

J’ai des enfants dont il faut que je m’occupe. J’ai également un mari. Et cette entreprise, ça prend beaucoup de temps. Eux aussi sont impactés par ce que je fais. Mon mari est venu nous aider à déménager, nos enfants viennent régulièrement nous aider ici en période de vacances. On ne parle que de ça, on ne pense qu’à ça, ça impacte beaucoup leur vie. Quand on crée une entreprise, il ne faut pas oublier de prendre en compte cette dimension et il est important de bien vérifier que le conjoint et les enfants soient d’accord pour faire partie de l’aventure, parce qu’ils vont en faire partie qu’ils le veuillent ou pas. On y met notre cœur, notre esprit, notre énergie et c’est tout ce qu’on ne leur donne pas à eux alors qu’ils en avaient peut-être l’habitude avant.

 

2015-05-21 - Visite Initiatives Plurielles - 64 de Lille

les echanges avec un public desireux

 

« Pourquoi avoir choisi le nom « 64 » ? »

1964 est l’année où a été crée Max Havelaar qui est un des labels certificateurs du commerce équitable. C’est aussi l’année où Oxfam a crée sa première filière en artisanat entre l’Inde et l’Angleterre. En fait c’est la naissance du commerce équitable tel qu’on le connait et qu’on le pratique aujourd’hui. Voilà pourquoi on s’appelle 64. Nous nous sommes appelés pendant 3 ans le 64 du Sart parce que nous étions installés au Sart à Villeneuve d’Ascq et maintenant nous nous appelons le 64 de Lille parce que nous sommes à la galerie des Tanneurs à Lille et si nous changeons d’espace, nous prendrons un autre nom mais ce sera toujours le 64 !

 

« Pourquoi toujours conserver ce même nom malgré les changements de lieu ? »

Pour nous c’est fondateur. Nous sommes vraiment axés autour du commerce équitable même si nous avons aussi une partie bio et développement durable. C’était important d’affirmer dans notre nom notre attachement et la naissance du commerce équitable c’est justement ce à quoi nous nous rattachons.

 

« Pourquoi êtes-vous parties de Villeneuve d’Ascq pour venir ici, à Lille ? »

Dès le départ, quand nous avons envisagé le 64, nous voulions l’installer autour de la Grand Place à Lille mais les loyers étaient exorbitants. Je ne pense pas que nos amis d’Autonomie et Solidarité auraient pu nous donner un million d’euros pour commencer ! En plus, nous étions les premiers magasins de ce type, il fallait faire nos preuves. Nous les avons faites dans un endroit où on nous a accueillis sans nous faire payer de droit au bail avec des conditions qui étaient très avantageuses par rapport au local, à la fréquentation et ainsi de suite. Il était convenu de ne rester que trois ans.

 

« Pensez-vous qu’il soit possible de créer sans avoir de gros apports personnels au démarrage ? »

Après avoir crée AGG, j’ai aidé des gens à ouvrir leur magasin rue Saint Sébastien parce que tous sont venus me voir. J’ai rencontré plein de personnes différentes dont certaines qui n’avaient rien du tout. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas d’apport personnel qu’on n’arrive pas à monter son projet. C’est ce que j’ai pu constater durant ces 10 dernières années. Certes, ce sera plus difficile, mais ce n’est pas mission impossible.

 

« Le 64 de Lille est-il réservé à une clientèle privilégiée ? »

Nous sommes une entreprise, nous avons une obligation de réussite. Nous devons payer l’ensemble de nos charges, nos prêts, notre loyer, nos salariés. Nous devons donc vendre en une certaine quantité sinon c’est la fermeture. Par contre, au sein d’AGG, mon entreprise, j’ai toujours eu deux gammes de produits dont une qui est très peu chère. Pourtant, je fais du commerce équitable, c'est-à-dire que je n’achète pas mes produits au rabais. Par exemple, j’ai des bijoux à 4,90 euros et la marge est minime. Il n’est pas possible de descendre en dessous de ce prix. Parallèlement, l’idée d’échanger des livres, c’est aussi pour les gens qui n’ont pas d’argent. Ils ont forcément un livre chez eux. Ils prennent leur livre, ils l’amènent ici et ils en prennent un autre.

 

Réponse d’une personne du public  Parfois il y a des préjugés, on croit qu’une femme ne peut pas créer son entreprise, mais on est en train de démontrer que c’est possible. On se met souvent des freins.

Et puis, quant à la fréquentation du lieu, pourquoi quelqu’un qui n’a pas d’argent ne viendrait pas lire un livre ici ? Je sais que ce n’est pas toujours évident, que peut-être on se dit « ce n’est pas pour moi ». Mais je pense que quelqu’un qui n’a pas d’argent peut venir ici boire un café, lire un livre....

 

« Comment travaillez-vous avec vos fournisseurs ? »

Nos partenaires sont des gens qui nous démarchent ou que nous allons chercher parce que nous trouvons qu’ils ont un concept ou un produit intéressant. Le premier critère est toujours le même : commerce équitable ou développement durable ou bio, certifié. L’intérêt de travailler avec des partenaires, c’est de pouvoir avoir des gammes larges sur des niches sur lesquelles on ne saurait pas se positionner. Nous allons chercher des leaders sur des niches et ils s’installent ici comme par exemple l’entreprise « les petits dessous » qui produit des couches lavables. Les valeurs de l’entreprise doivent aussi correspondre à nos valeurs, il n’y a pas que le produit qui importe.

 

« Vous faites un bénéfice quand vous mettez un caisson à disposition d’un partenaire ? »

Non. Pas vraiment. L’entreprise paie ce que coûte l’espace au 64. On ne fait pas de marge dessus. Nous savons que nos charges sont de 12000 euros par mois, c’est divisé par le nombre de caissons. Chaque mois coûte tant. Dans le prix vous avez le téléphone, l’électricité, les salariés, etc. Ce n’est pas une location, c’est une participation au lieu. Et chaque nouvelle entreprise ou association qui entre dans ce lieu devient un actionnaire du 64 et à ce titre a les mêmes droits que tout le monde puisque une part = une voix.

 

« Comment vous faites-vous connaitre auprès des clients ? »

Nous sommes à la galerie des tanneurs. Nous avons indiqué « bio et équitable » sur la devanture mais c’est récent. Avant on ne communiquait pas à l’extérieur là dessus. Je ne suis pas sûre que ça fasse entrer plus de gens d’ailleurs. Ca pourrait même être un frein parce qu’on se dit que c’est un endroit où il y a des produits onéreux, immettables, trop artisanaux. Le bio et l’équitable véhiculent encore des préjugés dans un périmètre très large. Ce qui est important pour nous c’est ce que nous faisons et nous n’avons pas envie que les gens achètent pour se donner bonne conscience, nous voulons qu’ils achètent parce qu’ils aiment nos produits, parce qu’ils trouvent le rapport qualité/prix intéressant.

 

« Communiquez-vous sur les réseaux internet ? »

Nous avons un compte facebook, un blog, il parait que nous avons aussi un twitter et nous envoyons des newsletters de façon un peu sporadique. Mon étude de marché avait révélé que les gens n’avaient pas envie d’être inondés par ce genre de choses. On n’achète pas d’adresses mail, celles dont nous disposons appartiennent aux personnes qui sont déjà venues dans le magasin et elles sont gérées en interne. C’est moi qui le fait, toute seule, pour être bien sûre qu’elles ne partent par n’importe où.

 

« Est-ce que l’affaire fonctionne, gagnez-vous de l’argent ? »

C’est le nerf de la guerre ! Il y a beaucoup de bénévoles qui travaillent ici et il y a trois salariés. On ne pourrait pas fonctionner sans les bénévoles. Bien sûr, ils ne travaillent pas 35h/semaine. Mais ils sont essentiels. C’est aussi lié au fait que nous avons des marges très faibles.

 

« Cet univers du naturel, du bio, comment évolue-t-il aujourd’hui ?
Vous sentez qu’il y a des projets qui parviennent à émerger ou pas ?
 »

Valérie Sergetier – Nous sommes sur un marché qui est en phase de décollage donc forcément il y a beaucoup d’entreprises qui se créent et toutes ne vont pas survivre. C’est pour ça qu’il faut que le projet soit bien défini au démarrage. Ca implique de relire quelle est la demande du client, quelle est l’offre qui existe sur le marché de manière assez large. Par ailleurs, quand on écrit le projet, il faut penser au « point de minage ». Ann-Gisèle vous a dit qu’elle avait été malade, ça c’est un point de minage. Qu’est-ce qui va se passer pour mon projet si je tombe malade ? Si mon mari perd son job ? Ce sont des points de minage. A l’origine, ce sont les endroits des ponts dans lesquels on doit mettre les explosifs pour les détruire. Pour un projet c’est donc ce qui peut le faire exploser. Le mieux, plutôt que de les subir, c’est d’essayer de les anticiper au maximum.

 

« Qu’est-ce qui vous a amené à quitter le métier de comédienne ? »

D’abord je l’ai fait 35 ans, c’est une bonne partie de ma vie. J’ai commencé très jeune, j’avais 12 ans. Et le métier que j’avais choisi à l’époque n’est plus celui que j’ai exercé à la fin de ma carrière. Je faisais de la télévision et j’étais uniquement employée pour vendre du coca ! On s’en foutait de ce que je jouais, des rôles que j’interprétais, ce qui importait c’était la pub qu’il y avait avant et après l’émission. Ce n’est pas ça que je voulais faire comme métier. Ce n’était plus le métier que j’avais voulu exercer au démarrage. Je n’ai aucune envie de recommencer.

 

« Aujourd’hui, êtes-vous satisfaite de vos choix professionnels ? »

Créer des entreprises, ça a changé ma vie ! J’ai été une personne assez peu en contact avec la vie réelle. Je vivais dans mon monde à moi, un peu à l’écart des autres. Créer des entreprises m’a appris tellement de choses sur moi-même, sur comment m’intégrer à la vie de mes concitoyens et concitoyennes. Si parfois ça a été vraiment difficile, il y a également eu des moments extraordinaires. Ca n’a pas été rose tous les jours mais je ne regrette pas du tout ce que j’ai fait. Je pourrais aujourd’hui décider de redevenir comédienne et je n’en ai pas du tout envie. Je le fais encore de temps en temps pour mes copains mais je n’ai plus du tout envie de m’investir là dedans. Par contre, j’étais quelqu’un qui gagnait bien sa vie et je gagne beaucoup moins maintenant. Mais je suis plus heureuse dans ce que je fais !